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la conceptualisation globale d'une partition de musique

Méthode de travail optimale #1 : La conceptualisation globale

Je dois vous faire une confidence. 

Comme beaucoup de musiciens, j’ai une certaine tendance à la paresse. 

J’aime progresser, bien sûr !

Mais, pendant très longtemps, l’idée de me mettre au travail ne collait pas un sourire sur mes lèvres.  😉

L’origine étymologique du mot travail, « relier un instrument de torture », prenait tout son sens ! 

Évidemment, tout ceci appartient en grande partie au passé.
À présent, je prends beaucoup plus de plaisir à travailler.

C’est même devenu un moment de détente de me plonger dans le travail minutieux de mon instrument. 

Ceci étant dit, mon côté « moindre effort » est toujours un petit peu présent. 

Notamment quand il s’agit de faire un travail mental de conceptualisation.

Je sais depuis longtemps que ce type de travail est particulièrement efficace.
Pourtant, j’ai souvent tenté d’éviter de pratiquer la conceptualisation.

Un peu comme un enfant qui passe devant le bureau de son père sur la pointe des pieds pour ne pas que celui-ci le remarque et lui demande « Chéri, tu as fait tes devoirs ? »

Heureusement, j’ai récemment eu plusieurs « rappels à l’ordre ». 

En effet, des musiciens d’envergure comme Eric Franceries que j’ai eu le plaisir d’interviewer, Ivan Galamian ou Léon Fleisher m’ont rappelé l’importance capitale de ce type de pratique.

Alors, bon gré mal gré, je m’y suis donc replongé. 

Et devinez quoi ?
C’est redoutablement efficace pour faire des progrès sur l’instrument.

 Je me suis donc lancé un défi.

Vous donner envie à vous aussi de pratiquer la conceptualisation globale des morceaux de musique que vous travaillez !

Sacré défi, n’est-ce pas ?

Vous me direz dans les commentaires si j’ai réussi mon challenge ! 

La conceptualisation globale permet d'optimiser la mémorisation de l’œuvre

Mieux vaut faire une chose correctement que plusieurs choses n’importe comment.

Je suis sûre que vous êtes d’accord avec moi sur ce point.

Préférez-vous maîtriser parfaitement un morceau ?
Ou être capable d’en jouer 4 en faisant grincer les dents de votre auditoire ?

Nous sommes d’accord.

Ceci étant dit, parfois nous ne sommes pas conscients de faire plusieurs choses en même temps.C’est là que le bât blesse.

D’où l’importance CAPITALE de mieux comprendre le fonctionnement de votre cerveau pour optimiser vos apprentissages musicaux.

Vous le savez, nous avons plusieurs mémoires.

Pourtant, peu de musiciens pensent à bien dissocier l’utilisation de chacune de leurs mémoires pour soigner et optimiser leur fonctionnement.

Un peu comme s’ils obligeaient leur cerveau à être au four et au moulin en même temps. 😉

Heureusement, il y a des solutions !

Et oui.

La conceptualisation globale de l’œuvre vous permet d’éviter de tomber dans cet écueil.

En prenant le temps de conceptualiser comment vous souhaitez jouer une oeuvre, vous travailler de manière implicite la mémorisation sémantique de celle-ci (la mémoire sémantique concerne les connaissances conceptuelles que j’ai sur le monde.) 
Et ce sans impliquer maladroitement vos autres mémoires.

Vous comprenez ?

Vous êtes soit au four, soit au moulin !

Et comme vous ne faites qu’une seule chose, vous la faites mieux. Car cela libère notamment de la place dans votre mémoire de travail (MDT).

D’ailleurs, il existe également une étude scientifique* qui prouve que le fait de conceptualiser l’œuvre permet de l’intégrer plus vite, mieux, et plus durablement.

Enfin, pour découvrir comment apprendre par cœur vos morceaux de musique grâce aux neurosciences, je vous conseille cet article.

La conceptualisation globale permet de rentrer plus vite un morceau dans vos doigts

Travailler beaucoup peut donner parfois peu de résultats

Certaines expériences sont aussi instructives que frustrantes.

Cela vous est-il déjà arrivé, à vous, de travailler longuement sur un passage récalcitrant sans réussir à tout à fait le maîtriser ?

Et avez-vous déjà vécu l’expérience inverse ?

C’est-à-dire intégrer rapidement un geste d’une difficulté similaire qui aurait pu vous posez problème ? Sans comprendre pourquoi d’ailleurs.

Paradoxe mystérieux, n’est-ce pas ? 

Parfois, cela donne presque l’impression que plus vous vous investissez sur un passage et moins vous vous l’appropriez efficacement et facilement.

Pour ma part, j’ai fréquemment vécu ce phénomène.

Des passages que j’ai travaillés littéralement des années ne m’ont jamais donné entière satisfaction.
Je parle notamment des compositions sur lesquelles je chante.

Pourtant, d’autres séquences de gestes complexes sur lesquelles je me suis à peine penché,  sont rapidement « rentrées dans mes doigts ». 

Mais pourquoi une telle différence dans la vitesse d’apprentissage du geste musical ?

Il y a de quoi nous rendre marteau !

Ceci étant dit, la conceptualisation globale peut apporter un début de réponse à cet étrange paradoxe.

La conceptualisation globale construit le chemin que vos doigts vont suivre

Et oui !

La conceptualisation globale, vous permet de réfléchir à l’enchaînement et l’interprétation des différentes parties que vous souhaitez apprendre.

Ce travail est à réaliser avant même de toucher votre instrument.

Ainsi, vous définissez précisément comment vous allez jouer l’œuvre. Quelles nuances vont succéder à quelles nuances.

Ici, du ralenti et de la douceur. Là, une envolée fiévreuse.

Vous définissez votre route, votre itinéraire, avant même de commencer à conduire.

C’est capital pour la qualité de votre apprentissage !

Le célébrissime pianiste Léon Fleisher a expliqué un jour l’importance de conceptualiser auditivement ce que vous allez jouer avant même de le jouer.

Lors d’une Masterclass qu’il a donnée au Weill Music Institut du Carnegie Hall de New-York, Léon Flesheir expliquait :

« Vous cherchez à améliorer votre technique pour pouvoir jouer ce que vous voulez. Mais cela sous-entend tout d’abord que vous voulez quelque chose ! Les doigts doivent suivre la tête et non l’inverse. Sinon, ce que vous réussissez à jouer n’est qu’un accident. »

Cette traduction n’est pas exacte. C’est un résumé de l’idée générale.

Voici la vidéo dans laquelle Léon Fleisher partage sa réflexion :

Avouez que Léon Fleisher est plutôt convaincant ! ;D

Conceptualiser ce que vous allez jouer vous permettra d’entendre la musique avant même que vos doigts ne bougent.

Cet ingrédient va littéralement sublimer votre jeu.
Votre technique sera au service de vos émotions.

Je suis d’ailleurs convaincu, à mon humble avis, qu’ici se dresse l’une des frontières qui différencie les musiciens très expérimentés et les musiciens moins expérimentés…

Ceci nous amène d’ailleurs directement au point suivant.

 

La conceptualisation globale permet de développer votre style musical et votre unicité

J’ai évoqué ce point dans le dernier article.
Je souhaite aller un petit peu plus loin dans cette direction aujourd’hui. 

Pour commencer, j’ai une question pour vous. Dites-moi, comment reconnaissez-vous les musiciens d’expérience  ?

Oui bien sûr, ils jouent en général incroyablement bien !

Mais ce n’est pas tout ! Il y a autre chose.

Et oui.
En plus de maîtriser leur instrument de musique d’une manière épatante, les musiciens d’expérience ont quelque chose à eux.

Une manière unique d’interpréter telle valse de Chopin ou tel prélude de Villa-Lobos. 

Une façon inimitable de faire sonner l’instrument. Je pense à Gary Moore qui fait chanter sa guitare comme personne.

Bien sûr, avant d’en arriver là, vous avez un chemin à parcourir.

Car là encore, beaucoup attribuent à de la magie ce qui relève de la compétence.

En conceptualisant, vous musclez vos capacités cognitives

Vous connaissez la chanson. 

Plus vous pratiquez une compétence, plus votre cerveau développe votre capacité à mieux la réaliser !

Si tous les jours vous prenez un temps pour vraiment entendre et définir comment vous voulez faire sonner tel morceau avant même de toucher votre instrument, vous allez progresser.

Petit à petit, vous allez avoir une image sonore de plus en plus grande et de plus en plus complète de l’œuvre sur laquelle vous travaillez. 

Cela sous-entend que votre capacité à définir la musique dans votre esprit va se développer. Comme une fleur qui pousse au soleil. 

Par ailleurs, votre mémoire à court terme va elle aussi devenir plus performante.

Et cela va vous permettre de garder en tête l’image de plus grands échantillons de musique.

Des compétences cognitives au service de votre style

L’apprentissage de la musique a ceci de particulier. 

Nous naviguons sans cesse entre développement de compétences et sensibilité artistique.

En vous entraînant à conceptualiser ce que vous voulez jouer avant de le jouer, vous allez faire des choix artistiques.

Les partitions donnent des indications.

Mais vous conservez tout de même une immense liberté, dans l’intensité des nuances, dans les modulations de tempo, le choix des sonorités (feutrées, brillantes, etc.).

Petit à petit, vous allez affirmer vos préférences, définir votre style, développer votre unicité.

C’est tout à fait normal, n’est-ce pas ? Vous êtes unique, pourquoi votre manière de jouer de la musique ne le serait-elle pas ?

À ce sujet, je vous propose de revisiter cet article sur la méthode de travail musicale optimale.

Conceptualisation globale : le mode d'emploi

Pour conclure, je vous propose de récapituler les étapes simples de la conceptualisation globale que nous conseillait Eric Franceries dans son interview.

  1. Tout d’abord, écoutez différentes versions et interprétations de l’œuvre que vous voulez interpréter
  2. Ensuite, analysez ce que vous aimez ou n’aimez pas, dans chacune d’elles
  3. Sélectionnez les manières d’interpréter tel ou tel passage qui vous touchent le plus et définissez ensuite votre « version idéale », qui les regroupent toutes
  4. Gardez en tête toutes ces nuances d’interprétation lorsque vous travaillez l’œuvre concernée

Et voilà !  Une recette simple mais rudement efficace.

J’espère qu’à présent vous avez envie de vous adonnez à la conceptualisation globale des œuvres de musique que vous souhaitez interpréter.  🙂

En effet, en développant cette compétence, vous allez stimuler les qualités artistiques qui font de vous des musiciens uniques et épanouis !

Pour ma part, depuis que je fais ce travail, je sens nettement une différence dans ma capacité à intégrer un morceau de musique et à me l’approprier.

Rappelez-vous, Léon Fleisher, la technique est au service de la musique et non l’inverse…
D’abord la tête, ensuite les doigts.

Si vous avez des questions ou des remarques, écrivez-les dans l’espace commentaires ci-dessous.  Je vous répondrai avec plaisir. 

Avec confiance et motivation 😉

Roman  Buchta

 

* https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4304245/

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